Travailler ensemble

De plus en plus, les organisations verticales au travail m’agacent et me semblent vaines. Un employé recevant des ordres de sa hiérarchie les suivra un temps, mais je suis persuadée que cette façon d’envisager le travail est un mauvais investissement à long terme. Alors comment faire? Faut-il qu’il n’y ai plus ni patrons, ni directeurs, ni managers, ni dirigeants, ni porteurs de projet? Je ne crois pas. Il me semble également évident que pour travailler en groupe les individus ont besoin de règles. J’aimerais proposer d’imaginer ici une façon de travailler en groupe reposant sur deux notions : la gouvernance et la construction d’un commun à partager.

 

De plus en plus souvent utilisé le terme « gouvernance » désigne la manière dont s’organisent ensemble les individus d’un groupe afin de mener des actions en collaboration. Si la notion de gouvernement est relativement simple (c’est l’action de gouverner, de régir ou d’administrer quelque chose) la notion de gouvernance est plus floue. La gouvernance repose sur des principes fondamentaux : la responsabilité, la transparence et la participation.

 

La gouvernance se pose ainsi comme une alternative aux gouvernements et aux hiérarchies verticales de certaines organisations. Elle propose d’établir des règles, des normes ou encore des protocoles, mais toujours en co-création, a posteriori de l’expérience passée et en renonçant à la stabilisation de ce règlement. En effet, le principe de gouvernance envisage la co-construction de conventions comme une dynamique évolutive et continuellement changeante.

 

Travailler ensemble est avant tout une question d’organisation des individus au sein d’un collectif. En m’inspirant des travaux de Bernard Stiegler je propose d’envisager le collectif comme un nous composé d’un ensemble de je. Cependant pour assurer la viabilité du collectif il semble primordial que les je nourrissent les nous et s’en nourrissent en retour. Autrement dit chacun doit contribuer à la construction d’un commun à partager et doit pouvoir utiliser cette part commune dans sa construction individuelle. Dès lors où certains individus ne contribuent plus, alors le collectif est en danger. Lorsque le collectif réussit l’individu réussit également alors que l’inverse est faux.

 

Au sein d’une organisation verticale au travail, les employés attendent légitimement que leur hiérarchie porte et construise seule le projet de l’entreprise et ne trouvent aucune motivation pour apporter leur contribution. En travaillant à la création d’un commun à partager il semblerait possible de re-légitimer la participation de chacun et de permettre à tous d’éprouver un sentiment de justice. Comment mettre en place concrètement ces notions théoriques dans nos manière de travailler ensemble ? Voici quelques idées d’applications pour se sentir mieux au travail.

 

Devenir “compétence” et non “statut”.

Ce qui nous pousse à travailler ensemble est avant tout le fait que nos compétences soient complémentaires. A l’échelle d’une société, j’ai besoin de mon boucher, de mon médecin ou de mon boulanger parce qu’il dispose de compétences que je n’ai pas. Au sein d’une entreprise, j’ai besoin de mes collègues afin d’atteindre des objectifs que je ne peux atteindre avec mes seules compétences. A la place de statuts trop souvent répétés nous pourrions nous présenter par nos compétences. Ainsi nous ne dirions plus “Bonjour, Michel, directeur technique.” mais “Bonjour, Michel, je sais réparer les ordinateurs”.

 

Construire les règles ensemble et les modifier aussi.

Pour travailler ensemble il nous faut des règles mais pas nécessairement des règles venant d’une puissance supérieure. Nous pouvons très bien écrire ces règles ensemble en pensant au bien du collectif et des individus qui le compose. De plus, rien ne nous empêche, une fois les règles établies, de venir les modifier et de les adapter à la réalité que nous traversons. Et pour cela il n’est pas obligatoire, à mon sens, de consulter le groupe au complet. Imaginez qu’un individu du groupe modifie l’une des règles mais que celle-ci ne convienne plus aux autres et bien soyez sûr qu’elle sera re-modifiée immédiatement. C’est le principe des wikis qui permettent à chacun de contribuer à la création d’un contenu mais également à tous de modifier ou de re-modifier ce contenu.

 

Communiquer et partager les informations.

Cela semble évident mais pourtant c’est tellement fondamental : pour que des personnes puissent travailler ensemble, il faut que l’information circule et que chacun puisse avoir une visibilité suffisante sur la part de travail de chacun. Communiquer au sein d’un groupe de travail me semble essentiel ne serait-ce que pour pouvoir venir en aide à l’un des membres qui se trouverait en difficulté.

 

S’entraider commence par écouter

Puisque nous parlons d’une répartition des tâches par compétences il est clair que je ne pourrais pas nécessairement aider mon coéquipier dans la réalisation de sa mission. Cependant, je peux l’écouter et lui permettre ainsi d’expliquer et d’extérioriser ses difficultés. Parfois cela suffit à trouver des solutions à son problème.

 

Aménager le temps et se laisser aller.

Je pense que pour être productif à certains endroit de sa vie, il faut ne pas l’être du tout à d’autres. Chercher constamment à combler le temps que l’on a de disponible, ou se contraindre à toujours devoir être parfait, mince, tonique et rigoureux nous amène, à mon avis, à accélérer notre effondrement. Comment tenir en étant si exigeant, sans jamais s’ennuyer, et se laisser aller? Je crois qu’il est important de toujours garder des moment où l’on a le droit de ne rien faire ! Dans une mécanique collective il est important que le groupe aménage des temps de repos toujours dans le but de préserver les individus et par ricochet le collectif.