Entre Schopenhauer et Mickey Mouse

Depuis un certain temps, une question m’intrigue…

 

J’ai commencé à me la poser en rentrant en étude d’Arts Du Spectacle.

Elle s’est fortement accentuée lorsque j’ai intuitivement construit ou du moins resserré mon cercle “d’amis post-étude”. Aujourd’hui sur mon lieu de travail, elle est obsédante.

Hypnotisante presque.

Cette question est remplie d’innocence, peut-être même de naïveté.

Elle est posée à la fois par une petite fille pratiquant l’école de musique municipale, par une étudiante amoureuse du théâtre contemporain et par une femme active s’interrogeant sur les innovations du monde actuel.

 

Je le répète ma question est innocente. Je m’écarterais donc dans un premier temps (et aussi étonnant que cela pourrait le paraître) de toutes perspectives politiques, scientifiques et “universitaires” pour me baser sur du ressenti. Ma question ne sera pas résolue et servira soit à affiner la première soit à en créer de nouvelles.

 

Cette question est la suivante :

Ai-je le droit ( et j’insiste sur cette notion de droit presque “social” ) de :  prendre un train un matin du mois de septembre, de profiter de ce temps pour lire un chef-d’oeuvre deleuzien, de feuilleter quelques pages d’un magazine people, de consommer un café latte dans le wagon bar, de descendre à Marne La Vallée, de me diriger progressivement aux pieds de Disneyland, d’y passer une journée mémorable, d’acheter dans ce parc un stylo bille Raiponce à 13 euros 99, de reprendre le même train, de sortir une tablette apple pour regarder un épisode de Friends, de penser que le soir de cette même journée, je pourrais allumer Arte et savourer un reportage sur la question du corps dans la danse contemporaine tout en sirotant un coca-cola ?

 

Pour schématiser, ai-je le droit à 24 ans de chanter par coeur les chansons du dessin animé Disney Mulan un dimanche matin et d’étudier la question des politiques culturelles le lundi suivant ?

 

Je souhaite prendre une seconde de temps qui file pour oublier un instant les théories de Bourdieu ou de Frédéric Martel et réfléchir concrètement à la relation qui existe entre ce que je pratique ou même consomme en tant que public, et l’impact que cette consommation a sur ma personnalité et les responsabilités sociales qui s’imbrique. Bien sûr l’idée n’est pas de renier l’historique des politiques et des pratiques culturelles et nous nous y appuieront plus tard, cependant, dans ce présent qu’est le nôtre, quelle conséquence résultent de ma diversité culturelle ? Quelle image navigue autour de moi lorsque j’évoque aimer et ce d’une même intensité, La Campanella de Paganini et Crazy Love de Beyonce ?

Suis-je quelqu’un de cultivé et d’ouvert ?

Suis-je au contraire, indécise dans la définition de mon identité culturelle et même de mon identité tout court ?

Cela implique-t-il que je doive connaître l’historique de chacun de ces deux artistes ou puis-seulement m’intéresser à une chanson sans m’attendre à des répercussions esthétiques ou sociales ?

Quelle est la frontière entre l’appréciation d’une oeuvre et sa connaissance absolue ?

Et enfin, ai-je le droit de ne pas entrer dans une catégorie ?

 

J’avais prévenue, une question en entraine une autre et ma pensée est à ce stade embrumée de questions aussi anecdotiques qu’existentielles qui m’invitent à me concentrer sur deux notions : la culture de l’ellitisme et celle du mainstream.

 

Pour être le plus explicite possible restons dans le large domaine musical et avant de s’aventurer dans les méandres des analyses je vous propose un exercice.

Prenez un papier et un stylo. Sur ce papier, tracez quatre colonnes.

 

Dans la première écrivez une musique qui vous semble être LA musique. Celle qui est pour vous une référence. Celle qui pourrait résumer par son seul titre ce que représente ce large monde musical.

 

Dans la seconde, écrivez le titre d’une musique qui vous semble médiocre. Elle salirait presque l’image de la première. Elle évoque en vous une répulsion immédiate.

 

Dans la dernière écrivez le titre d’une musique que vous appréciez, qui vous stimule, une musique qui vous met en joie lorsque vous l’entendez sans pour autant faire partie de la catégorie 1.

 

Dans une dernière écrivez le titre d’une musique que vous n’assumez pas. Il en existe toujours une petite cachée au fond de notre cerveau. “La musique de la honte” comme j’aime à l’appeler. Celle qui nous stimule mais que nous ne pouvons assumer en “société”.

 

Réfléchissez. Ecoutez. Ecrivez et apportez à chacune de ces chansons un mot clef qui justifie ou image votre réponse.

 

Puis prenez un peu de recul. Et posez-vous cette question : Ce que j’écoute représente-t-il ce que je suis ? Pourquoi ?

 

La suite au prochain épisode.