Open Innovation et développement des lieux culturels : quels enjeux ?

En cette ère d’innovation perpétuelle, de growth hacking, de startups, d’incubateurs et de croissance perpétuelle, il convient de s’interroger sur les liens potentiel entre culture et innovation, et plus particulièrement les liens entre Culture et Open Innovation.

 

Tout d’abord il nous faut définir ce que l’on entend par innovation. L’innovation, pour reprendre les concepts illustrés notamment par Calon et Latour dans leur sociologie de la traduction, serait avant tout un processus. Plus précisément, ce serait un processus faisant passer un réseau d’acteurs d’un état stable à un autre état stable, au travers d’un mécanisme nommé traduction.

Pour qu’une innovation devienne innovation il faut tout d’abord un système, une invention, l’appropriation de cette invention par le système et son intégration en tant qu’élément à part entière de ce système. Les sociologues de la traduction se sont particulièrement intéressé aux divers processus et jeux d’acteurs mis en oeuvre au cours de la transition entre les différentes étapes décrites ci dessus. L’innovation a donc pour but de faire s’approprier à un système d’acteurs (usagers, parties prenantes, objets, etc.) une nouveauté à même de s’intégrer dans son fonctionnement stable.

 

Le concept d’Open Innovation s’est quand à lui répandu à partir de 2003 suite aux travaux d’Henri Chesbrough. Il décrit un processus d’innovation appliqué aux entreprise : Les firmes utilisant leurs services propres de R&D afin de développer leurs innovations et celles ouvertes sur l’extérieur intégrant les dynamiques d’innovation d’acteurs externes afin d’agréger et développer des pistes ou projets d’innovations propres.

 

Le principe de base de l’Open Innovation est ainsi d’ouvrir ses problématiques sur l’extérieur afin de chercher hors des propres frontières de son organisation des solutions innovantes à ses sujets de réflexion. Ce modèle se développe très fortement depuis quelques années en lien avec deux phénomènes : Le développement croissant du nombre d’entreprises innovantes en lien avec les technologies de l’information et de la communication et la multiconnection de grandes firmes avec leur frontières extérieures, là encore en lien avec l’émergences des TIC.

 

Imaginons ce que peut donner un tel modèle appliqué au secteur culturel.

 

Un musée est à la recherche d’une solution innovante afin d’améliorer la médiation et la valorisation de son fond. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux lanceront des appels d’offre afin de se faire concevoir, le produit ou service nécessaire afin de résoudre leur problématique. Si le lieu ne souhaite pas externaliser il le réalisera en interne, mobilisant des acteurs aux compétences forcément limités et sur un temps long. Les ressources qu’elles soient financières ou humaines sont globalement assez lourdes et font ressortir la  dépendance entre le lieu culturel et ses financeurs, quels qu’ils soient.

 

Intégrer une dynamique d’innovation ouverte, dans ce cas, serait inviter des acteurs variés à réfléchir ensemble autour de la problématique du lieux, en proposant à ces acteurs un terrain d’expérimentation, de validation des innovations. Plutôt que de reprendre les réflexions à zéro lors chaque projet, l’objectif est de créer un réseau de partenariat engagé autour de l’innovation avec comme point central l’expérimentation au sien du lieu culturel.

L’expérimentation devient un aspect central afin de saisir si oui ou non la solution mise en place peut s’intégrer dans un système global et répondre aux problématiques propres du lieu mais également à d’autres.

 

Le lieu culturel se fait alors coproducteur de l’innovation.

 

A cela s’ajoute une dimension fondamentale : la notion d’entreprenarialisation des projets du lieu culturel. En effet, au delà d’être simple consommateur de prestation extérieures, le lieu culturel devient acteur et créateur d’un produit. Accompagné par une ou plusieurs entreprises, les productions issues de l’Open Innovation sont réfléchies comme des propositions de business viables. Le lieu culturel prends alors la place d’agrégateur d’innovations en lien avec son coeur de métier. Cela a alors une influence considérable sur le modèle économique de ce lieu culturel. Au delà d’être un simple lieu de diffusion et ou de production artistique il devient fournisseur de solutions pour d’autres équipements culturels. Ces solutions expérimentées en son sein deviennent alors monnayables et peuvent constituer une source non négligeable de revenus, lui permettant ainsi une plus grande autonomie vis à vis de ses financeurs et/ou une meilleure santé financière.

 

L’Open Innovation se fait alors vecteur de changement pour les lieux culturels, leur permettant à la fois de gagner en autonomie et de mieux répondre à leurs problématiques, tout en s’intégrant fortement dans le tissu socioéconomique de leur territoire.