Emancipation intellectuelle et apprentissage

Aujourd’hui je voudrais m’intéresser à la notion d’apprentissage et notamment aux mécanismes pédagogiques mis en oeuvre pour apprendre quelque chose à un tiers ou plutôt “faire apprendre”. Dans un rapport d’enseignant à apprenant comment assurer les dynamiques d’apprentissage ? J’aimerais proposer les théories de Jacques Rancière sur les rapports de maître à élève comme élément de réponse.

Dans son livre Le maître ignorant, Jacques Rancière commence par décrire le système d’éducation traditionnel qu’il oppose à sa théorie sur l’émancipation intellectuelle. Selon le philosophe, le mot d’ordre de l’émancipation intellectuelle se résume ainsi : tous les hommes ont une égale intelligence. L’égalité des intelligences et la présupposition de cette égalité constituent donc les éléments centraux du concept.

En cela, Jacques Rancière remet en question le rapport de savoir à savoir, indispensable dans l’application de la pédagogie traditionnelle, mais place, en revanche, le rapport de volonté à volonté comme l’un des fondements de l’émancipation intellectuelle.

Le rôle de l’enseignant ne devrait pas être de faire apprendre par coeur un nombre de savoirs incalculable à l’apprenant mais de parvenir à ce qu’il cherche par lui même. « L’élève doit tout voir par lui même comparer sans cesse et toujours répondre à la triple question : que vois-tu? qu’en penses-tu? qu’en fais-tu? ».

Dans les rapports entre l’enseignant et l’apprenant il faut y voir deux intelligences et deux volontés. L’enseignant émancipateur se donnera pour mission de créer des contextes favorables à l’apprentissage autonome de l’apprenant. Il ne lui distribue pas le savoir mais tente de le pousser à chercher seul sa propre vérité. « La pensée de l’émancipation suppose que des gens aient envie de franchir la barrière. ».

L’intelligence n’est pas une simple combinaison de savoir mais elle s’acquière par l’attention portée au chose et l’envie de chercher. Je peux nourrir mon intelligence si j’en ai envie, enrichir mes connaissances s’il le faut, dès lors où je crois en l’égalité de mon intelligence et de mes capacités par rapport à celles des autres. Selon Jacques Rancière, toute nouvelle chose est à rapporter à ce que l’on sait. Il faut observer, comparer et vérifier ce que l’on ignore. En cela, l’apprenant est un chercheur et l’enseignant émancipateur pas plus qu’un Homme s’adressant à un autre Homme, puisque « qui veut émanciper un homme doit l’interroger à la manière des hommes et non à celle des savants, pour être instruit et non pour instruire. » .

A ce point de mon cheminement j’en conclu qu’il est préférable d’apprendre à apprendre plutôt que de savoir des choses. Connaître par coeur la liste des rois de France ne me sera jamais d’une grande utilitée. En revanche savoir où chercher cette liste me sera utile le jour où j’aurais besoin de cette information.